Devenir soi : spiritualité et créativité

Une nouvelle tendance se dessine dans nos vies intime et professionnelle : le mindfulness, ce que l’on appelle la pleine conscience et l’avènement d’une spiritualité laïque. Nous tendons vers un changement de notre rapport au temps, au monde, aux autres. On apprend à se libérer, à lâcher prise, à se reconnecter avec son soi, à incarner ce que nous sommes vraiment en devenant des êtres créatifs.

Le XXIème siècle sera-t-il spirituel ? Dans cette période de (r)évolutions simultanées, sociétale, agricole, énergétique, alimentaire, productive, technologique, économique, tout amène à le croire. Car le fil rouge de ces transitions, de ce changement de monde -voire de civilisation- tient à une seule chose : l’empowerment citoyen à travers l’autonomie individuelle et collective et notamment le devenir soi. « Devenir soi est une forme de spiritualité », déclare Alexandre Jost, fondateur de la fabrique Spinoza et spécialiste de l’économie du bonheur, et de poursuivre : « On est passé d’êtres qui travaillaient avec nos mains, à des êtres qui travaillaient avec nos têtes. Maintenant nous sommes des êtres spirituels ».

 

A l’instar des acteurs du changement et de tous ces héros du quotidien qui ont pris conscience des enjeux complexes auxquels nous devons faire face actuellement -le changement climatique, l’épuisement des ressources, ou encore la perte de biodiversité- les citoyens comprennent que le changement collectif passera par le changement individuel, en témoigne la nouvelle la campagne du réseau des colibris : « et si la plus importante révolution à mener aujourd’hui était notre (R)évolution intérieure ? »
Si nous voulons changer le monde à grande échelle, commençons par nous changer nous-même, nous reconnecter avec notre soi, avec notre puissance, révéler nos véritables talents pour dessiner un nouvel écosystème où chacun de nous trouverait sa place. En toute sérénité. Sans compétition, sans recherche de performance à tout prix. Sans ego.

 

Quête de sens et méditation

Si la spiritualité est un sujet assez délicat car trop souvent associée à la religion, elle semble pourtant s’immiscer dans tous les secteurs de nos vies y compris celui de l’entreprise. Car elle nous invite à la quête de sens, à la dissolution de l’égo, à l’empathie. Elle nous reconnecte avec l’essentiel, notre environnement, l’Autre, la nature, la planète. « On voit émerger des leaders d’entreprises qui osent utiliser les termes de leaders spirituels. On parle même de leaders libérés ou de leaders mindful à l’école de management de Grenoble », explique Alexandre Jost. Le mindfulness, c’est la pratique de la pleine conscience, notamment à travers la méditation. Selon le Docteur Daniel Chevassut, qui a publié récemment un article dans le quotidien Le Monde sur ce sujet, parler de méditation laïque serait d’ailleurs presque un pléonasme : « Si l’on comprend vraiment de quoi on parle, la méditation, la pratique du calme mental est naturellement laïque par essence, puisque toute forme de pensées, y compris religieuse est mise de côté pendant la pratique de la méditation. » Ayant prouvée ses bienfaits ces dernières années par des recherches scientifiques, la méditation est reconnue pour ses effets positifs sur le mental et la santé dans de nombreux domaines – les hôpitaux, les entreprises et l’éducation. Il s’agit par exemple de protocoles tels que le MBSR (Réduction du Stress Basée sur la Pleine Conscience) et le MBCT (Thérapie cognitive basée sur la pleine conscience).

Et en effet, de plus en plus de chefs d’entreprise et de leaders y ont recours, parmi les plus célèbres porte-étendards, on compte Steve Jobs, Rupert Murdoch, ou encore Oprah Winfrey ! C’est l’objet du livre de Sébastien Henry, Ces décideurs qui méditent et s’engagent. Un pont entre sagesse et business, publié aux éditions Dunod. Il s’est lui-même initié à la méditation après un début de carrière fulgurant et a été amené à se poser les questions : « Quel est mon rôle dans la vie? », « Quel est le rôle que je veux jouer dans la société? » Selon lui, la méditation permet une prise de décision plus facile en étant calme. Moins de stress se fait ressentir et on observe une plus grande capacité à rester concentré. Nous agissons avec plus de bienveillance, de créativité. Le climat de travail et notre environnement se révèlent ainsi beaucoup plus harmonieux. La méditation peut notamment devenir la source d’un engagement à inventer de nouvelles formes de business qui répondent aux défis sociaux et environnementaux actuels.

 

La libération de notre temps grâce aux robots

Un autre point important lié au devenir soi et à l’avenir de la société va révolutionner notre rapport au travail, au temps, et à nous-même : la robotisation des tâches simples. « Plus d’un quart des métiers qui existent aujourd’hui vont disparaître dans 50 ans selon une étude publiée dans le magazine Sciences et Vie dans un dossier consacré aux robots », raconte Aurélien Bandini, un collaborateur d’Alexandre Jost, « Ce sur quoi nous, êtres humains, pouvons miser désormais, ce sera notre capacité créative et émotionnelle. Ces aptitudes passent par le fait de découvrir son véritable soi ». Or selon lui, cette capacité d’expression est oblitérée si nous nous trouvons dans un univers professionnel contraint, lourd et pyramidal. Ainsi, dans une perspective de politique publique, une piste à creuser pour les générations futures se trouve dans cette réflexion autour de l’évolution de notre système économique et social tout entier en y intégrant toutes les évolutions à venir : les robots, le changement climatique, le changement de valeurs, l’empowerment citoyen, les nouveaux modèles économiques post-capitalistes (économie circulaire, économie collaborative, économie du bien commun, économie symbiotique)… En 2050, le travail existera-t-il encore tel que nous le connaissons aujourd’hui ? Quid du revenu universel de base dans un monde de robots si ces derniers font le travail à notre place ?

Demain, tous artistes

Après des années d’industrialisation, de modèle fordiste, tayloriste et de standardisation des tâches, nous tendons désormais à revendiquer notre unicité, nos talents spécifiques, à nous réinventer dans notre propre travail et notre mission de vie : « on ne peut définitivement plus être tous les mêmes ! » confirme Alexandre Jost avant de citer Matthieu Ricard, auteur et moine bouddhiste tibétain : « Les êtres confus sont tous identiques et les êtres éveillés sont différents, eux-mêmes et distincts ». A l’image de la nature et des écosystèmes, l’abondance et la prospérité résident dans la différence et dans la complémentarité des uns et des autres. Or le système capitaliste et nos économies de marché occidentales ont jusqu’alors cherché à standardiser et augmenter la productivité et la compétitivité en nous faisant faire des tâches aussi spécifiques que possible, de la manière la plus efficace. « On a généré une telle accélération qu’on a produit du mal être et de la fatigue pour des individus qui ne pouvaient plus continuer à fonctionner en étant sur des tâches trop étroites. C’est pour cela qu’aujourd’hui on ré-autonomise et on élargit à nouveau le périmètre des gens » poursuit Alexandre Jost. Les objectifs se révèlent plus complexes et globaux. Dans ce contexte on est à nouveau obligé d’être quelqu’un, d’être soi, de réveiller ses talents. Ainsi, assiste-t-on à la dé-standardisation du travail : il s’agit désormais de « transformer chacune des tâches en une œuvre d’art » selon Alexandre Jost. Pour lui, la plus haute forme d’activité humaine réside dans la création. Cultiver notre créativité est une manière de rendre justice à notre condition humaine : « Aimer, créer est la pleine expression de notre être ».

 

Valérie Zoydo

 

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